Les ménages ruraux plus impactés par la hausse des prix des carburants
Des trajets plus longs, des revenus plus bas et peu d’alternatives : loin des grands centres urbains, la dépendance à la voiture transforme le passage à la pompe en moment difficile pour les ménages les plus modestes.
Un mois de salaire : c’est ce que consacraient au moins annuellement au budget carburant 10,6 % des 21,2 millions de ménages propriétaires d’une voiture en 2021. C’est le constat que dresse une étude de l’Insee. Rouler coûte cher, et pèse lourd sur le porte-monnaie. Nota pour les habitants des zones éloignées des grandes villes, des services et des transports en commun.
Les territoires ruraux davantage touchés
Si 9,0 % des ménages habitant les intercommunalités urbaines consacraient plus d’un mois de leurs revenus annuels aux carburants en 2021, ils étaient 13,5 % dans les intercommunalités rurales. Ce chiffre grimpe même à 16,7 % dans les intercommunalités dites rurales non périurbaines, c’est-à-dire éloignées de l’influence des agglomérations.
À l’échelle de la Bretagne, ce constat s’incarne entre Brest Métropole et la Communauté de Communes des Monts d’Arrée. En 2021, 6,9 % des ménages brestois affectaient au moins un mois de leurs revenus annuels dans les carburants contre 20,9 % des ménages de l’arrière-pays. De manière générale, le budget carburant des ménages du Centre-Bretagne pesait plus lourdement sur leurs revenus que sur celui des habitants des grandes villes, des couronnes périurbaines ou du littoral.
Deux facteurs importants : l’éloignement et les revenus
Alors que les ménages des pôles urbains ont un revenu annuel moyen de 47 752 euros, les ménages des intercommunalités rurales non périurbaines gagnent presque 10 000 euros de moins par an. À cela s’ajoutent des déplacements annuels moyens plus long : ces derniers parcourent presque 25 % de kilomètres en plus chaque année que leurs homologues urbains avec leur voiture. Conduisant à un poids plus important de ce type de dépenses.
Dans ces territoires ruraux, la voiture structure fortement le paysage. Le manque de développement des transports en commun et l’éloignement des biens et services du quotidien obligent les habitants à rouler. Cependant, plus de 40 % des distances parcourues en voiture sont liées aux trajets domicile-travail. Avec près de 90 % des actifs ruraux utilisant leur véhicule pour aller travailler, contre moins de 60 % dans les pôles urbains, les déplacements entre le travail et le domicile sont un des principaux facteurs de surexposition aux prix des carburants.
Au-delà de la géographie et de l’éloignement, c’est également la structure des revenus qui transforme la hausse des prix des carburants en problématique financière importante. La fracture entre l’ensemble des ménages véhiculés, et les ménages véhiculés exposés aux prix des carburants est nette. Alors que le taux de pauvreté chez le premier groupe s’établit autour de 10 %, il atteint 37,8 % chez le second. De plus, les dépenses annuelles en carburants médianes du second groupe sont deux fois plus importantes : 2 698 euros contre 1 377 euros. Ainsi, le niveau de vie des deux types de ménages se retrouve différemment impacté.
Toutefois, si l’étude de l’Insee prenait en compte l’envolée des prix du printemps 2026, près de 22,4 % des ménages avec voiture, soit 4,7 millions d’entre eux, consacreraient plus d’un mois de leurs revenus à leur budget carburant. En revanche, les territoires les plus exposés seraient restés les mêmes.