Emmanuel Macron a-t-il déserté la France ? [Infographies]
Où était-il passé ? Le chef de l’État ne s’était plus déplacé en France depuis un mois et demi. Le Télégramme a répertorié l’ensemble de ses voyages officiels hors de la capitale. Entre élections, crises et événements sportifs, Emmanuel Macron a alterné omniprésence et effacement.
Voilà 46 jours qu’on ne l’avait pas vu sur les routes de France, soit sa plus longue période sans déplacements en province depuis son arrivée à la tête de l’État. Avec des déplacements à La Rochelle et Toulouse , Emmanuel Macron a rompu, ces derniers jours, avec cette absence.
Même si les déplacements nationaux du chef de l’État ne permettent bien souvent pas de changer la trajectoire d’un territoire, ils revêtent un fort caractère symbolique. Certains sont convenus, à l’image de sa présence lors de la finale de la Coupe de France de football ; d’autres relèvent de l’exceptionnel. Mais la plupart donnent lieu à des annonces et traduisent la direction politique voulue.
Un président préoccupé par le monde
Emmanuel Macron cherche à donner une place de choix à la France sur la scène internationale. Il a saisi le déclenchement des guerres en Ukraine et en Palestine pour se montrer proactif dans la recherche de la paix. Les affrontements à l’est de l’Europe l’ont obsédé. Dans le documentaire, « Un président, l’Europe et la guerre », entre les appels avec ses homologues russe et ukrainien, on l’aperçoit régulièrement aborder ce sujet de sécurité. Du 24 février à mai 2022, son nombre de déplacements nationaux s’est réduit. De plus, sur les neuf qu’il a effectués sur cette période, deux y ont été dédiés.
Même chose pour le conflit israélo-palestinien. En témoigne son agenda du mois de décembre 2023 qui contient des voyages en Jordanie et au Qatar, ainsi que de nombreux appels avec des dirigeants du Moyen-Orient et Benjamin Netanyahu. Les déplacements en France sont alors passés au second plan.
Peuple contestataire, président discret
Emmanuel Macron aime se montrer en homme de terrain. Manches retroussées, veste tombée : comme cet été à Mayotte, il n’hésite pas à apparaître combatif. En novembre 2018, il a effectué neuf déplacements, alors que sa popularité s’effondrait. Une semaine d’itinérance mémorielle pour commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale, le tout entrecoupé de visites et de rencontres houleuses en plein éveil du mouvement des gilets jaunes.
Cependant, lorsque la grogne s’est matérialisée en émeutes, il s’est fait plus discret. En décembre, Emmanuel Macron n’a réalisé qu’un seul déplacement. Dans le même temps, il a annoncé des mesures destinées à calmer la révolte. Cela lui a permis de lancer un grand débat national dans l’objectif d’apaiser. Une expérience démocratique difficile qu’il ne renouvellera pas par la suite.
Il en est de même pour les manifestations contre la réforme des retraites de 2020. Emmanuel Macron n’a repris le chemin du terrain que le surlendemain de l’annonce du retrait provisoire de l’âge pivot par Édouard Philippe, alors Premier ministre. On discerne un chef de l’État cherchant à obtenir un cadre modéré avant d’engager le dialogue avec les citoyens. Mesure de sécurité ou crainte d’affronter la désapprobation la plus virulente ? Difficile à dire.
Toutefois, en ce qui concerne les manifestations contre la réforme des retraites de 2023, ses nombreux déplacements pourraient laisser penser qu‘à l’inverse, il s’est exposé au rejet des citoyens. Cependant, sur les six déplacements précédant la promulgation, seuls deux ont été au contact du public : un à Clamart sur un terrain de football pour évoquer l’autisme, loin de la politique, et un autre au marché de Rungis, plus mouvementé. Le reste de ses déplacements hors de la capitale s’est donc effectué une fois la mesure adoptée, face à un mouvement de contestation s’essoufflant.
Une année 2025 faible en déplacements
Sa faible présence en province ces derniers mois peut s’expliquer par sa popularité. Elle est en berne : 16 % en novembre, son point le plus bas sur l’ensemble de sa présidence.
Ces derniers temps, Emmanuel Macron a bel et bien déserté la France. Il n’a effectué que 36 déplacements au 14 novembre 2025. Même en se basant sur son nombre de déplacements moyens par mois, ce chiffre n’atteindrait que 41 à la Saint-Sylvestre. Soit son année la plus faible en nombre de déplacements hors de la capitale. Et ce, derrière l’année de son élection, qui ne compte que huit mois, et 2020, année tronquée par deux confinements.
Un homme éloigné de la ruralité ?
Tout le territoire ne bénéficie pas autant de la présence d’Emmanuel Macron, aussi symbolique soit-elle. Si la Seine-Saint-Denis est en première position des départements les plus visités avec 31 déplacements, événements sportifs obligent, le département des Bouches-du-Rhône arrive second avec 18 visites. Il faut dire que le président est un amoureux de Marseille, où il s’est déjà rendu 15 fois, faisant de la Cité phocéenne sa deuxième ville la plus visitée derrière Saint-Denis. Enfin, à la 3e place, se trouvent les Yvelines, territoire abritant le château de Versailles. Contrairement à ses prédécesseurs, Emmanuel Macron n’hésite pas à s’y rendre. Depuis 2018, cela a été le cas à sept reprises, offrant aux invités de ses sommets et cérémonies le faste à la française.
A contrario, certains départements attendent toujours la venue du chef de l’État. C’est le cas de l’Ariège, du Cantal et de la Lozère. Les élus locaux se plaignent de cet abandon au profit d’endroits toujours plus visités. Même si un déplacement présidentiel s’avère plus souvent emblématique que solutionniste, cela reste l’occasion de mettre la lumière sur un territoire.